L’entraide : l’autre loi de la jungle

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Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin
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Auteur(s), Autrice(s)
Pablo Servigne et Gauthier Chapelle
Quand ça ?
10 Avril 2019
Où ça ?
France
ISBN
979-10-209-0700-4
Publié par
Les liens qui libèrent LLL
Quoi ?
La loi de la jungle n’est pas celle que l’on croit
Raconte (mais pas tout) …
Et si on s’était trompé depuis le début ? Manges avant d’être mangé, tues avant d’être tué. La compétition entre les êtres vivants se devait d’être un indispensable du petit guide de la survie notre planète terre. C’est sans compter le travail monstre effectué par Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, qui démontre le contraire à grands coups de recherches sourcées de tout les horizons

Christophe André est cité sur la couverture du livre : « Il y a des livres qui changent notre regard sur la société : l’Entraide en fait partie« . Il a raison. Ce livre d’une manière ou d’une autre arrivera à vous faire sortir de votre torpeur post covid si vous êtes capable de vous concentrer plus de 30 secondes (ouais, je sais, c’est dur, mais même moi, j’y suis arrivé).

Car, je préfère vous prévenir, c’est un livre de recueil d’analyses scientifiques. Et les auteurs n’ont pas fait semblant. Ils ont fait un travail gigantesque, voire gargantuesque en analysant profondément un sujet qui pourrait paraître insignifiant mais qui, lorsqu’on creuse un peu, est lié à tous les pans de notre société à partir du moment où l’homme a décidé de vivre autrement que tout seul.

Du coup, vu l’ampleur du boulot qui a été pondu, je ne vais pas lister toutes les références qui ont été utilisées car elles sont trop nombreuses. Mais, on peut quand même citer peut être Kropotkine, le premier à faire des travaux et à écrire sur le sujet, Matthieu Ricard (essayiste et moine bouhdiste à la fois), ou Wilson, le père fondateur de la sociobiologie. Mais ce n’est que la partie émergente de l’iceberg…

De la nature vers le reste…

Les auteurs commencent avec la nature. Le postulat est que la définition que l’on a de la loi de la jungle est complétement à coté de la plaque. Pour résumer, la loi de la jungle n’est pas la loi du plus fort. Bien au contraire, Servigne et Chapelle prouvent à travers le résultat de nombreuses études scientifiques sourcées que les organismes vivants s’aident et s’entraident depuis la nuit des temps, que ça soit les plus petites bactéries vivant sous terre, aux gigantesques arbres centenaires, ou que ça soit dans le règne animal également avec des coopérations plus qu’improbables.

Ces espèces profitent des compétences des unes et des autres, pour survivre, et se protéger contre les prédateurs, lorsqu’elles n’en sont pas un (de prédateur) à leur tour.

Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

Ensuite, tout le reste découle de l’analyse de départ sur l’entraide chez les plantes et les animaux pour arriver chez les sociétés humaines. Les auteurs ont trouvé de nombreuses études sur l’entraide dans la société moderne ou ancienne, dans la politique, dans l’histoire, dans l’économie, dans les groupes d’humains de toutes sortes de taillesdu village à l’échelle d’un pays, dans la culture, la démographie, la sociobiologie, les comportements de toutes sortes et l’expérience que peuvent en retenir les membres de chaque groupe.

Tout porte à croire ici aussi, que les êtres humains qui vivent ou survivent le mieux, sont ceux qui s’entraident. C’est une théorie que les auteurs n’ont pas oublié de nuancer en mettant en avant également les dérives que l’entraide peut apporter (mouvement sectaire, étude du capitalisme sauvage, dérive de la récompense, car oui, la nature de l’homme individuel, piloté par ses sens, n’est pas à exclure).

L’équilibre fragile entre entraide et compétition

L’entraide a donc un pouvoir puissant qu’il faut savoir maitriser et qui est également indissociable de la compétition. Les protagonistes ne peuvent passer les épreuves que la vie va mettre en travers de leur chemin, que s’ils trouvent l’équilibre exact entre les moments où ils doivent se battre, et ceux où ils doivent demander de l’aide ou aider les autres.

C’est donc un livre indispensable lorsqu’on appréhende la relation que l’on a avec les autres. La plupart des gens aspirent à la même chose : vivre sans trop souffrir. Nous sommes des animaux sociaux qui aimons nous lier avec des êtres qui nous ressemblent, nous ne voulons pas trop nous éloigner de ce qu’on pense ou fait. C’est pourquoi on a souvent peur de l’inconnu et/ou de l’autre.

Mais si on en croit la théorie qui ressort de cet ouvrage, c’est que notre « survie » semble donc passer par l’exploration de la différence chez l’autre, et la possibilité de l’aider (ou qu’il nous aide). Passer par cette introspection nous rendra donc plus fort individuellement et collectivement.

L’Entraide est donc le résultat d’un travail d’analyse scientifique, minutieux et documenté qui atteste de la réussite de cette théorie, et qui reste comme tous les travaux scientifiques qui se respectent, à vérifier.

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